Monday, September 23

Monique Mukuna Mutombo : « Les défections à l’opposition et la corruption maintiennent le KO en RDC »

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Native de la ville minière de Kolwezi au Katanga, de deux parents originaires de l’actuel grand Kasaï, en République Démocratique du Congo, RDC, Monique Mukuna Mutombo est mère de deux enfants. Elle est l’ainée des filles dans une famille de 11 enfants, 3 garçons et 8 filles.
Cette détentrice de plusieurs titres académiques a déclaré sa candidature le 10 mars 2016 au Press Club de Paris à l’Hôtel Pullmann. Elle est l’une des premières femmes à s’être déclarée candidate pour l’élection présidentielle de son pays en 2016.Elle a participé comme intervenante à la Cop21 au LAB (Land of African Business) à la table ronde de « l’Afrique au féminin ». Elle est la représentante dans 11 pays (Kenya, Zambie, Swaziland, Mozambique, Malawi, Tanzanie, Burundi, Rwanda, Ouganda, Namibie et Zanzibar) de la multinationale, Antaser Afrique bvba, basée à Anvers en Belgique .
Cette passionnée de la RDC se dit déterminer à relever le défi de ce grand pays. Dans cet entretien, elle    effectue une radiographie complète de son pays tout en rassurant ses compatriotes d’un coté et tance le système Kabila de l’autre sans aménager aussi les perfides opposants sustentateurs de joseph Kabila.

 Propos recueillis par Gauthier Masasu et Nicaise Muzany

Carmel Media Magazine(CMM) : Candidate à la présidentielle prochaine comme vous l’annoncez dans les medias, l’opinion voit en vous la dauphine de Joseph Kabila ?

Monique Mukuna (M.M.M): je préfère rectifier quand vous me dites candidate à la présidentielle comme je l’annonce dans les medias. Ce ne sont pas les medias qui font que je sois candidate. Je ne l’ai pas seulement annoncé dans les medias mais c’est une intention bien claire et bien définie. Les medias ne font que répandre la nouvelle comme vous êtes entrain de le faire maintenant. Dire que je suis la dauphine de Joseph Kabila, je refuse d’entrer dans les polémiques inutiles. Je ne discute jamais des ouï-dire mais plutôt des faits .Vous allez me dire que parce que j’ai rencontré Joseph Kabila, parce qu’on m’a vu avec lui ? Certains s’accrochent à dire que je sois Rwandaise alors que mon père et ma mère sont en vie à Kinshasa et ma famille est connue. Permettez-moi de ne pas me rabaisser au ouï-dire. Tous ceux qui manquent d’arguments se cantonnent dans ce ouï-dire. Ils se cantonnent à des arguments sans soubassements. Je préfère parler des choses vérifiables et palpables qui feront que la RDC puisse trouver une issue aux problèmes que nous avons déjà. On essaie d’écarter ceux qui viennent et qui ont les niveaux requis pour diriger ce pays. Je ne veux pas me rabaisser à cause de ces bruits terre à terre.

CMM : Sans notoriété en RDC votre pays d’originaire, croyez vous y réussir?

M.M.M : Dire que je suis méconnue en RDC, comment se fait-il qu’un si grand Magazine comme Carmel Media Magazine puisse parler d’une inconnue ? Sur base de quel sondage ou autre mesure peut-on confirmer cela ? Cette question aurait été posé l’année passée mais actuellement dire que je ne suis pas très connue, ce n’est pas connaitre le Congo ou l’on fait semblant de ne pas vouloir le voir. Je préfère ne pas suivre les racontars. Attendons les élections pour voir qui est connu ou qui était connue. Je ne connais pas un seul en RDC qui a transformé sa notoriété en vote.

CMM : La RDC va très mal aujourd’hui. A la base, la non tenue de l’élection présidentielle en 2016 tel que prévu par la loi fondamentale, joseph Kabila reste encore, qu’en dit Monique Mukuna M. ?

M.M : La RDC n’est pas malade puisqu’il n y a pas eu élections. La RDC est malade parce qu’il y a grande crise d’hommes. C’est la maladie actuelle de la RDC. Si les hommes étaient bien portant intellectuellement, spirituellement et moralement il   y aurait eu des élections en RDC. Le manque d’élections est une conséquence de cette crise très grave de manque d’hommes. Cette crise se manifeste par l’égoïsme, l’amour des postes. Des gens qui ne sont pas dédiés à la nation, qui pensent qu’à eux-mêmes et qui ne réfléchissent pas en termes de long terme pour notre pays. Des gens qui ne parviennent pas à placer la RDC au niveau international à la place où elle devait être. La population et la vraie information sont manipulées. Il y a abus de pouvoir, des arrestations arbitraires, de la corruption. C’est cela le problème de la RDC. Outre le manque d’élections, il y a aussi cette tentative de torpiller la constitution. Ce sont là les conséquences de la grande crise d’hommes en RDC. Un système qui essaie de se maintenir en place. Quand on parle d’un système, il faut voir le pouvoir et le contre pouvoir. Il y a tous ceux qui sont autour qui essaient d’accompagner le système qui veulent que le statu quo puissent continuer afin qu’ils puissent continuer à se retrouver. Dans ce K.O., certains se retrouvent. Le bonheur des uns fait toujours le malheur des autres, dit-on. Tout le système profite de cela.

Pour avoir de la dignité, vaut mieux travailler et gagner à la sueur de son front que d’attendre un don.’

Bref, la grande crise de la RDC, c’est la crise d’hommes, le manque de patriotisme et de nationalisme. Aucun redressement ou programme ne peut réussir si le problème de base n’est pas réglé. Par problème de base, je vois la mentalité, la megestion, la corruption et la mauvaise gouvernance qui viennent de la mentalité. Le redressement d’une économie passe d’abord par le redressement de la mentalité. Sachez qu’il y a beaucoup de gens formés mais ont acquis une mauvaise mentalité. Il faut colmater toutes les pertes dans les régies financières avant de parler de redressement économique. En colmatant les fuites, on peut voir la capacité de redressement de la RDC. Prenons un exemple de cinq chantiers (NDLR : projet de société de joseph Kabila). Ici, on doit préalablement trouver les sources des recettes et en parler après. Une fois trouvées, on les évalue pour voir si elles correspondent à quel chantier. Ensuite on saura ce qu’on a sur place d’abord et puis voir si l’assistance extérieure est nécessaire. Mon projet de société est entrain de survoler ce que nous pensons faire à court terme, moyen et long terme. Cela fera que nous puissions vraiment nous intéresser à la jeunesse en sorte qu’elle puisse et ré intéressée aux métiers professionnels pour qu’on puisse booster la consommation locale. Trouver du travail pour les jeunes fera que les jeunes puissent participer à l’économie. Mon plus grand souci est de créer une classe moyenne formée de congolais qui se battent et se retrouvent et pourront booster notre économie. Quelles que soient les solutions venant de n’importe quelle université et vouloir les appliquer en gardant la même mentalité serait appliquer des solutions inadaptées à la réalité du terrain. Il faut conscientiser nos frères. Je prends l’exemple de la culture de dons.IL n y a rien qui se donne gratuitement. Pour avoir de la dignité, vaut mieux travailler et gagner à la sueur de son front que d’attendre un don. Prenons le cas des nos jeunes migrants vers l’Europe. En le regardant, les jeunes croient que c’est la facilité. Pour que nous puissions être, c’est le travail. Je voudrai encourager la consommation locale. Il faut créer des entreprises qui trouveront un marché localement. Je travaille d’abord sur le comment booster la mentalité de jeunes pour qu’ils puissent prendre la relève et booster demain l’économie de la RDC.

CMM : Rappelez-vous du candidat Président Oscar Kashala, parti des usa sans base réelle en RDC et qui a mordu la poussière ?

M.M : La comparaison n’est pas raison. Oscar Kashala est arrivé à quelques mois et il est arrivé à faire ce qu’il a pu faire. Et chaque fois revenir à lui, c’est vraiment un grand complexe. On cherche des raisons pour justifier qu’avec une femme ça ne peut pas marcher, des nouveaux venus en politique, ça ne peut pas marcher. Quand on reprend la même année 3 ou 4 fois à l’université, ne dites pas à ceux qui viennent d’arriver après qu’ils ne sont pas intelligents. C’est vous qui avez l’expérience. Et si vous en aviez effectivement, vous ne seriez pas dans cette même promotion à plusieurs reprises. Qu’on arrête de dire Oscar Kashala. De toutes les façons, on est décidé et nous savons ce que nous cherchons. On n’attend pas de cadeau. Nous savons que nous avons un grand travail à faire .Et d’ailleurs je suis contente de na pas utiliser le nom de mon père, ni d’un frère car dans ma famille personne n’a fait la politique. Mon père est juriste. Donc suis très contente de ce chemin que je me trace en tant que femme qui a eu la chance après les études de travailler au niveau national et international et de venir avec cette expérience pour aider son pays. Qu’on cesse de polémiquer pour l’instant. Que les gens travaillent afin qu’au moment venu Dieu puisse aider le meilleur d’entre nous.

CMM : Est-ce l’expérience Emmanuel Macron en RDC, pourtant ce n’est pas le même peuple ?

M.M : Vous me dites que ce n’est pas le même peuple que la France. C’est vrai qu’on ne puisse pas avoir le même modèle partout. Il y a des réalités du terrain. L’expérience de Macron lui a réussi, j’admets son courage. Les vieux loups étaient là, ils n’y croyaient pas. On le ridiculisait mais il a tenu et il est devenu président. Je l’admire. Ce n’est pas que je voudrai répéter la même expérience. Bravo à Macron parce que personne ne croyait en lui mais il est arrivé. Macron, c’est Macron et moi je suis Monique avec mon modèle propre à moi avec mon équipe très dédiée, des gens sérieux qui ne sont pas là pour de l’argent mais parce qu’ils croient à l’avenir de la RDC .Pareil pour moi, les gens disent « une femme à la tête de RDC », je réponds vite : oui, oui. Moi j’ai mon propre chemin. Vous pensez que les Congolais n’en ont pas marre de voir les mêmes personnes chaque fois s’enrichir, de la corruption et des tueries ? Donc qu’on ne parle pas de la duplication du système Macron. Je parle d’un système que j’appellerai Monique tenant compte de la réalité de la RDC. En plus que je sois une femme, pour changer les données de gens que tous ces hommes que nous avons connu depuis l’indépendance et qui n’ont pensé qu’à se construire des maisons, à se pavaner avec leurs égaux masculins. Aujourd’hui nous avons besoin de quelqu’un de différent, qui voit le pays et apporte des solutions palpables pour que nous puissions parler d’une RDC renouvelée. Et je m’appuie sur tout ce que j’ai comme atouts. Parce qu’il y a tellement des tueries, de l’égoïsme, des arrestations arbitraires et les gens sont fatigués. Ceux qui sont actuellement au pouvoir pensent qu’il faut arrêter arbitrairement, il faut tuer pour exister et se maintenir au pouvoir. Cela doit cesser. La RDC est prête pour un grand changement et vivre son futur glorieux. On n’y arrivera pas avec le modèle actuel qui montre que rien ne marche.

CMM : Que dites-vous de la gestion de la RDC par Joseph Kabila et ses collaborateurs ?

M.M : La gestion de joseph Kabila ? Excusez-moi. Parlons plutôt de résultats de la gestion de Kabila. La RDC est deuxième   sur la liste de la pauvreté. C’est à peine s’il y a l’électricité, l’eau traitée, les routes construites non même pas tenues, le taux de chômage est à quel niveau ? Le niveau du social ?ces résultats sont vérifiables et palpables. Critiquer pour critiquer ne sert à rien. Les congolais souffrent et n’en peuvent plus. Ils sont essoufflés. Ce sont des résultats qui parlent eux-mêmes. Regardez par exemple au parlement ce qui s’y passe. Allez dans les prisons et comptez-y les prisonniers politiques. Ce sont des résultats palpables et très visibles. En arrivant en RDC et y rencontrer les vrais congolais, on se rend vite compte que le pays recule au lieu d’avancer. Il recule à une très grande vitesse. A Kinshasa par exemple tout monde a tendance à demander la charité. C’est toute une culture qui s’installe maintenant. Une conséquence visible du taux de chômage très élevé. Des milliers d’étudiants m’ont écrit pour solliciter ma générosité en tant que maman pour les frais d’études. Ce sont des résultats de la gestion de Kabila. Je n’ajoute rien car celui qui connait la RDC voit bien que le pays va réellement très, très mal. Malheureusement, les gens de mauvaise foi racontent que Kabila aurait mieux géré que Mobutu. Comment peut-on comparer deux choses sur la même ligne de gestion plus mauvaise ? Mobutu a fait ce qu’il avait à faire mais eux qui sont là maintenant n’ont pas amélioré. Ils sont dans le même sac que Mobutu. Ils refusent de voir le pays avant tout.

CMM : Vos relations avec l’opposition congolaise notamment le Rassemblement avec candidat Président de la République  Moise Katumbi?

M.M : Je n’ai aucun problème ni avec le rassemblement ni avec Moise Katumbi qui est aussi candidat président comme vous dites .Je n’ai pas à trouver une collaboration particulière. Le peuple devra choisir le moment venu. Je ne leur reproche rien. Ils ont eu à faire ce qu’ils pouvaient faire. Kabila doit partir et la RDC votera pour la vision qui va mieux la représenter. J’ai très mal aujourd’hui car la personne qui m’avait beaucoup soutenu Monsieur Olengankoy quand j’ai annoncé ma candidature. Bizarrement, il n’était pas du tout gêné que je sois une femme. Maintenant il au CNSA où il se passe des choses telles que cela se passe. Il y a des gens bien et je vis bien avec. Je souligne que je parle des individus et non du rassemblement de l’opposition en général. Ils ont faits leur temps en politique et nous on est nouveaux venus, nous essayons de tracer notre propre histoire, notre propre chemin pourvu que le meilleur gagne. Si nous combattons pour la même cause, il n y a pas d’ennemi ni de rivalité. Nous cherchons le bien de la RDC. Chacun a son chemin pourvu que demain la RDC se retrouve avec des personnes responsables et bien formées. Nous sommes complètement   prêtes à relever le défi.

CMM : Le combat du terrain où les congolais voient des leaders d’opinion de l’opposition comme de la société civile, Monique Mukuna absente et se cache en Europe?

M.M : Je ne me cache pas du tout en Europe et je ne peux jamais me cacher. Je ne travaille pas en Europe mais plutôt en Afrique. Je rentre à peine de la RDC où j’ai passé quelques jours et j’y serai encore. Terrain ?en politique les medias font partie du terrain On est déjà représenté dans toutes les provinces de la RDC ? On est donc sur terrain. Mon bureau est en Anvers je n’y vais presque pas. Le monde a tellement évolué qu’il est possible de travailler à distance .Seul le résultat final comptera au lieu de prendre de la hauteur en parlant du terrain. Si c’est pour le terrain, Mzee LD Kabila ne serait pas devenu Président. On peut bien rester à Kinshasa ou ailleurs, nous connaissons bien la politique congolaise. Et aussi, si on avait des gens bien sur le terrain en RDC, le pays ne serait pas là où on est aujourd’hui. Les résultats de Joseph Kabila sont aussi à partager avec l’opposition. S’il n y avait pas de défection dans le rang de l’opposition, si les enveloppes ne circulaient pas on ne serait pas dans la situation actuelle. Pour moi le vrai terrain, c’est le terrain du patriotisme et du nationalisme. C’est bizarre, on fait 30 ans dans l’opposition et vous terminez par solliciter un poste au gouvernement. A quoi auront servi vos 30 ans ?…Si Kabila est là, c’est parce qu’il y a des gens sur terrain qui l’aide à rester.

CMM : Dans ce grand marais la RDC, une élection présidentielle nécessite entre autres des moyens financiers pour effectuer le tour du pays, Monique en a et cela provient d’où ?

M.M :L’argent est le nerf de la guerre, c’est vrai. Personne, alors personne même Donald Trump a financé en partie lui-même sa campagne. Obama avait dépensé près d’un milliard qui n’était pas sortis de sa poche. Idem pour Macron. Personne ne sort son argent pour une campagne électorale. Ce sont toujours des gens de bonne foi. En ce qui me concerne, il a des gens de bonne foi qui ont cru en moi et sont prêts à m’accompagner. Je ne veux pas mettre cela en avance. C’est leur contribution aussi. J’ai vu des gens distribuer de l’argent à la population pour acheter leur voix lors du vote. C’est une façon de garder le congolais dans la pauvreté en le corrompant ainsi pour avoir son vote. Une fois voté, la première chose à faire, c’est de récupérer l’argent dépensé car cela constitue un investissement pour eux. Nous nous préparons sérieusement.

CMM : Comptez-vous sur les voix de femmes congolaises, numériquement supérieures aux hommes, et pourtant en RDC les femmes ne votent pas une femme (cf. les deux législatures passées) ?

M.M : Les femmes ont beaucoup étudié et elles sont conscientes. Je ne compte pas uniquement sur les femmes car il y a beaucoup d’hommes qui sont dépassés et qui n’ont aucun complexe qu’une femme puisse diriger. Regardez combien de femmes gèrent des compagnies. A Kalemie par exemple j’étais responsable d’environ 100 hommes qui n’avaient aucun complexe. Avec les hommes évolués il n’y a aucun problème sauf avec les autres complexés qui finiront par s’adapter lorsqu’on leur fera comprendre qu’il n’est pas question de femme mais plutôt de capacité. Il est faux de dire que les femmes ne votent pas une femme .Peut être elles n’ont jamais vu une femme qui les a convaincues. J’ai le soutien de plusieurs femmes à Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Bukavu et même au Kongo central où le système matriarcal règne. Ils ne sont pas complexés à voter une femme. Ne généralisons pas les choses mais attendons la vérité des urnes.

CMM: Etes-vous une alternance ou une alternative pour les congolais

M.M: Alternance ou alternative, en politique une alternative au mal ne peut être que le mal mais une alternance est un changement complet. Placez moi où que vous voulez je serai contente.

CMM : Mot de la fin

M.M :…La RDC a besoin de gens qui pourront l’emmener très haut au lieu des gens inutiles qui l’ont placé comme maintenant en deuxième position sur la liste de pauvreté ? Soyons pragmatique, changeons de mentalité et voyons l’intérêt commun, c’ est à dire notre pays.

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